Un bout de moquette à vos pieds, imaginez…

31 Juil 2026 | Textes divers

Sur la dalle du périphérique, à la hauteur du boulevard Adolphe Pinard à Malakoff, en ce jour d’avril 2013, que s’est-il passé pour qu’une mosaïque de moquette bleue se constitue sur ce lieu inhospitalier, avec des personnes qui semblent joyeuses de ce moment ?

Artiste plasticienne, je m’intéresse depuis longtemps au périphérique parisien et à ce qu’il délimite.

Cet après-midi-là, j’expérimente une nouvelle invitation à créer. Elle a été pensée après d’autres tentatives de réaliser une œuvre sur ce lieu de jonction entre Paris et sa banlieue, avec les habitants du quatorzième, de Malakoff et de Vanves

La surface de béton brute, sans végétaux, ni trace humaine, ni déchets, à la limite de la commune de Malakoff, m’a inspiré. Des quatre voies du périphérique qui passent dessous émergent un brouhaha qui se confond avec celui de la ville tout entière. La voie ferrée ne se devine pas vraiment derrière les épais gardes du corps de béton. Pourtant, ce sont bien les trains de l’ouest qui passent sur le pont au-dessus, au bout de la dalle. En ce jour de printemps encore un peu trop gris et froid, je pose mes grands lés de moquette d’un bleu profond à même le trottoir et attend le passant.

Mon invitation à créer dans la moquette est affichée avec ces mots :

Une petite surface de créativité pour
un grand espace commun, ce serait :
une étoile…un tapis volant…
une île…une petite planète…
un carré rond…une pièce de
puzzle……une ponctuation… ?

Assez vite, à ma grande joie, une personne puis deux, puis trois amorcent l’action en se mettant à quatre pattes, se saisissant des outils mis à leur disposition : une craie blanche et une grande paire de ciseau de très bonne qualité. Un homme avec lunette et chapeau, une femme d’une quarantaine d’année, un jeune homme avec un étui à trombone, une enfant accompagnée, etc.

Des formes assez généreuses sont découpées puis placées sur l’esplanade.

Un jeune homme a posé un rond de moquette bleue sur le bitume et s’est mis à jouer du trombone debout dessus. D’autres personnes ont apporté leur création réalisée dans le matériau bleu, et chacun a improvisé un mouvement selon son envie : la petite fille a fait la roue sur sa silhouette découpée, le couple s’est enlacé après avoir disposé, l’une une fleur, l’autre un oiseau, une jeune femme s’est assise à côté d’une forme abstraite composée de plusieurs morceaux bleus, etc.

Le lieu prend vie, une mosaïque bleue se forme sur le bitume. Le temps semble soudain suspendu. Pour moi en tous les cas. Je ressens avec émotion la créativité spontanée de passants dont j’ignore tout, je vois une œuvre au sol se former.

J’imagine déjà ce même projet avec plus de monde et dans des lieux inattendus.

La périphérie urbaine, à la limite de l’art, en mêlant la danse, la musique, les arts plastiques, l’écriture. Imaginez…